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Cameroun : La corruption décortiquée à Bafoussam

C’était au cours d’un séminaire organisé à Bafoussam cette semaine par Garga Haman Adji, ancien ministre de la République du Cameroun et membre de la Commission national anti-corruption.

Des participants au séminaire sur la corruption

« A la recherche des thérapies propres à éradiquer la corruption au Cameroun », tel est le thème du séminaire d’un jour organisé à Bafoussam le lundi 5 juillet 2010 par l’Ong Bonne Conscience que préside Garga Haman Adji, ancien ministre du Renouveau, démissionnaire. Contrairement aux autres séminaires du genre jadis organisés dans la région de l’Ouest, cette rencontre a mobilisé des centaines de personnes issues de divers secteurs d’activités. Les fonctionnaires dont des responsables de l’administration, de la police et de la justice, opérateurs économiques, responsables des organisations de la société civile, associations et autres syndicats des transporteurs, élèves et étudiants et sans oublier les hommes et femmes de médias ont honoré de leur présence à ce rendez-vous.

Dans son propos liminaire, le président de Bonne Conscience a tenu à rappeler le contexte dans lequel ce séminaire était organisé, tout en précisant qu’il n’est pas question pour lui de faire un cours magistral, mais d’échanger avec les différentes couches de la société dans l’optique de comprendre davantage les causes de la corruption et qu’ensemble des solutions y soient trouvées en vue de freiner le fléau au Cameroun.

Les différentes interventions ont souligné les causes de la corruption ; entre autres, la pauvreté ambiante, l’impunité à travers la non application des lois et règlements de la République, l’irresponsabilité, la baisse des salaires d’une certaine catégorie de fonctionnaires (exceptés les militaires, gendarmes, policiers et magistrats qui n’ont pas subi la même baisse drastique), l’ignorance, l’insuffisance de formation ou d’éducation, le droit de réserve des fonctionnaires et le fameux article 2 des textes de nomination relatifs aux « avantages de toute nature prévus par la règlementation en vigueur. » Des causes qui n’ont pas entièrement reçu l’aval de tous.

Il a par exemple été relevé que la grande corruption (détournement des deniers publics) telle que vécue au Cameroun n’est pas forcement liée à la pauvreté. Le ministre Garga a pris le cas des hauts commis de l’Etat qui aujourd’hui séjournent en prison et qui touchaient chacun près de 2 millions de salaire par mois. « Comment aussi comprendre qu’un fonctionnaire qui a un salaire de 200.000 Fcfa roule dans une Prado qui coûte près de 80 millions ? » s’est-il indigné. Un autre exemple, celui des policiers (petite corruption) qui dirigent la circulation et à la fin de chaque semaine reversent une partie de leurs gains à leurs patrons, a été pris pour montrer comment le mal est profond dans notre société. Mal qui s’est empiré dès le début des années 1992 quand de l’argent avait été proposé aux partis politiques pour prendre part aux élections.

Vue des participants

Toutefois, des participants ont tenu à préciser que la corruption a toujours existé mais que le problème actuel c’est la vitesse de son expansion. Aujourd’hui, la plus grande somme détournée par un seul individu est estimée à 49 milliards de francs Cfa. « J’ai quitté le gouvernement parce que je n’avais pas de marges de manœuvre. J’avais eu à dénoncer un certain nombre de choses qui sont restées sans suite. La preuve en est que les noms de bon nombre de ceux qui sont aujourd’hui arrêtés dans le cadre de l’opération épervier figuraient sur la liste que j’avais transmise à la présidence de la République avant ma démission en 1992. Il y en a qui sont encore en liberté jusqu’aujourd’hui », a révélé le ministre Garga lors de son passage à Bafoussam.

Au sujet de la mercuriale dans les services publics au Cameroun, il a été signalé un fait inédit qui a fait rire toute l’assistance. Il s’agit des clés Usb, qui aujourd’hui coûtent pour certaines moins de 5000 francs, qui ont été vendues à 425.000 francs l’unité à une époque au ministère des Finances à Yaoundé. Idem pour un bic qui jusqu’aujourd’hui coûte 1000 francs. Les marchés publics sont considérés comme des tremplins de la corruption. Ce qui a fait dire qu’il faudrait laisser libre cours à la concurrence pour éviter de tels scandales.

Quelques pistes de solution ont été ébauchées. Notamment la prévention de la corruption à la partir de la cellule familiale. Comme l’a souligné le président de Bonne Conscience, il est plus facile de prévenir que de combattre le phénomène de la corruption. Aussi, le gouvernement, dans le cadre de la lutte contre la pauvreté devrait penser à soutenir le secteur et diversifier la création des emplois dans le secteur privé ; tout le monde ne pouvant pas travailler dans la fonction publique. Dans la même perspective, il a été proposé une meilleure utilisation des effectifs pléthoriques de la fonction publique qui sont souvent source de l’inertie et de corruption.

La dénonciation, l’éducation, l’application des différents textes dans le but de sanctionner les corrupteurs et les corrompus ainsi que les détourneurs des deniers publics ont été préconisés. Les participants, assidus jusqu’à la fin des travaux, ont eu à suivre par vidéo projection quelques exposés des professeurs d’université et juristes sur les manifestations de la corruption ainsi que les différentes sanctions prévues par la règlementation en vigueur.

Blaise Nzupiap

Blaise Nzupiap

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