L’implication de la société civile dans la lutte contre la corruption, en milieu scolaire, est une interpellation des pouvoirs publics en vue d’une formation intégrale et efficiente des jeunes camerounais présentés comme « le fer de lance de la nation » dans un système où la morale a foutu le camp.
Il y a quelques années, le Cameroun a été cité comme l’un des pays les plus corrompus de la planète, par Transparency International, sans aucune complaisance. Cette inscription de notre pays au hit parade des mauvaises pratiques se fait dans un contexte social et mondial marqué par une volonté des états à réduire tous les facteurs qui nourrissent leurs mécanismes de sous-développement. Depuis lors, le gouvernement camerounais, par la voix du Chef de l’Etat à mis en place la Commission Nationale Anti Corruption (CONAC), pour lutter contre un phénomène qui tend à se généraliser et à devenir un mode de vie. Mais les résultats obtenus jusque là n’ont pas encore été à la hauteur des espoirs.
La corruption qui est devenue un cancer qui mine le développement du Cameroun et tue le mérite est loin s’en faut le fruit du simple hasard. Cette pratique est un avatar du laxisme, du clientélisme, de la gabegie et de l’intrusion de la lutte pour le pouvoir sur le travail bien fait et le mérite. En tant que telle, elle se développe dans un processus de rupture avec notre contexte local. Dans la gestion de notre administration publique, l’irrespect des procédures, les raccourcis, les dessous de tables (30%), etc…sont légion. Parfois, les actes de corruption peuvent déterminer le verdict d’un procès en justice ou d’une décision de commission de passation de marché public. Dans le secteur de l’éducation et particulièrement dans les établissements scolaires, cette pratique a atteint des proportions telles que le système éducatif camerounais est aujourd’hui en panne totale. Tenez, la corruption en milieu scolaire est de plusieurs types ou à plusieurs niveaux : administration scolaire, pédagogique, discipline, etc.
Manifestations de la corruption
Au sein de l’administration scolaire, l’on note entre autres le rançonnement des parents, la surfacturation, la corruption morale, le trafic d’influence, le trafic des faux documents, le monnayage lors des recrutements, l’achat des notes administratives, le commerce autour des inscriptions, la perception indue des frais d’informatique sans prestataire dans certains établissements, etc. En rapport avec les aspects pédagogiques l’on relève le trafic des notes d’évaluation, le travail en commun entre élèves, le clientélisme des emplois de temps, la sous-traitance des cours, la tricherie/fraudes diverses lors des évaluations (surveillance passive), le monnayage des absences, l’organisation des cours payants de répétition, le monnayage du remplissage des documents d’examens, le monnayage des travaux pratiques aux examens et de la désignation des intervenants aux examens, les notes sexuellement transmissibles, la vente des faux bulletins. Et enfin la corruption touche les aspects disciplinaires, avec comme manifestations le harcèlement sexuel, le trafic des heures d’absence, la protection des élèves fautifs par leurs camarades, les enseignants et/ou les personnels de l’administration scolaire, le trafic des heures d’enseignement, la discrimination dans la gestion des élèves fautifs, le trafic d’influence.
De tous les coins du pays, des voix s’élèvent pour décrier cette pratique réalisée dans l’administration publique en général et le milieu scolaire en particulier. Si tout le monde est d’accord que cette pratique hypothèque la réussite des processus d’éducation scientifique et civique, cela tue le développement du pays. En conséquence il reste à parfaire les initiatives prises par les pouvoirs publics, programmes de lutte contre la corruption et organisations de la société civile (OSC).
Le Zenü Network réseau d’OSC basé dans la région de l’Ouest, met en œuvre le mécanisme de protection des dénonciateurs de la corruption en milieu scolaire (Meprodec), en partenariat avec la délégation régionale des enseignements secondaires de l’Ouest, avec l’appui de la Banque Mondiale et le soutien méthodologique du Projet CHOC/PNUD. Ce projet ambitionne de documenter les pratiques de corruption en milieu scolaire, de documenter les résultats des Club d’Action Culturels et Citoyens (CACC) sur la question de l’intégrité, le patriotisme et l’importance de dénoncer les pratiques de corruption au sein des établissements scolaires. Il s’agit également de promouvoir des observatoires de la corruption en milieu scolaire, et rédiger un mécanisme de protection des dénonciateurs des actes de corruption en milieu scolaire, etc.
Il s’agit d’une action systémique, voire d’une initiative collective de tous les citoyens. Une session de formation des acteurs organisée en Octobre 2011 a permis d’identifier des établissements scolaires (08) qui serviront d’espace de recherche action, mais surtout d’asseoir une base d’incubation des méthodologies, des outils et des expériences de dénonciation et de gestion des résultats induits. Des rencontres d’échanges et de dynamisation des responsables et membres des CACC impliqués dans le processus MEPRODEC, ont eu lieu en Décembre 2011. L’objectif était une prise de contact et une mise à niveau sur la maitrise des objectifs, ce qui a permis de sensibiliser tous les partenaires sur la stratégie de mise en œuvre et de mesurer leurs perceptions du Projet, l’environnement de leurs interventions et leurs engagements.
A l’évidence, l’action engagée par Zenü Network va s’appuyer sur l’engagement des chefs d’établissements scolaires, une bonne analyse des pouvoirs en jeu, la création des conditions de confiance entre les parties prenantes au Projet, la valorisation de l’approche PRECIS développée par le Programme CHOC (Changer les Habitudes et s’Opposer à la Corruption). Au début du second trimestre de l’année scolaire en cours, la mobilisation et les réunions d’explication tenues par les jeunes élèves, et l’engouement des membres de la communauté éducative, notamment des parents et des responsables d’établissements scolaires acquis à la cause du principe probité, nous amènent à penser que l’alternative MEPRODEC ne tardera pas à porter des changements à la fois visibles et mesurables. Même si l’une des spécificités de ce Projet est d’éviter un grand tapage médiatique détaché de ses effets sociaux réels, on doute que les résultats qui s’annoncent ne trahissent pas la rigueur et la modestie du Zenü Network. La généralisation des résultats pourrait compléter les initiatives de lutte contre ce fléau, mieux permettre de réinventer la façon de lutter contre la corruption au Cameroun.
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