
Ce week-end marquait « l’ouverture de la saison des funérailles », ces moments qui drainent d’immenses foules à l’Ouest. Il y avait donc funérailles à Bangoulap, funérailles à Balengou, funérailles à Baham, funérailles à Bafou. Les organisateurs étaient de toutes les couches sociales, des plus modestes villageois aux plus plus puissants magnats économiques venus des grandes des villes et même de l’étranger. Seul dénominateur commun : là où il y a funérailles, il y a foule, pour danser, manger et boire, en mémoire des morts. Il en sera ainsi pour les cinq prochains mois. D’aucuns ont même déjà établi leur « calendrier des funérailles » au rythme des « faire-part » qu’ils reçoivent classent dans leur agenda. On ne s’attardera pas ici sur la signification de ces ripailles qui échappe parfois jusqu’aux organisateurs ; on ne spéculera pas non plus sur le coût économique de ces cérémonies pour lesquelles certaines familles déjà malmenées par la pauvreté font la diète pour organiser des funérailles ruineuses et broient du noir après. On souhaite juste du plaisir au notable lambda qui rentre en titubant des funérailles d’un « grand » dont il ignore le nom ; les cuisses de poulet dans une poche de la gandoura et une brique de vin dans l’autre, et nargue tous ceux qu’il rencontre par des : « Je sors d’un grand deuil…Et le deuil était bien ».En effet !
Ce weekend était aussi l’ouverture du festival culturel Bandjoun, « Nsem Todjom ». Fotso Victor n’a pas fait le chemin de Hialà(quartier où se trouve la chefferie Bandjoun), parce qu’il était pris par la consécration de l’église Christ Roi de Mbouo, gigantesque œuvre architecturale qu’il a réalisée pendant plusieurs années et qu’il offrait officiellement à l’Eglise catholique. C’est le chef Djomo Kamga qui a fait le chemein inverse et est resté à Mbouo jusqu’à 17 heures, au grand dam des reines qui s’étaient parées et l’attendaient sur la palce de la chefferie pour exécuter le messù(danse des reines bandjoun). Jean Kuete, ministre de l’Agriculture et du Développement rural, le Bamiléké plus ancien dans le grade le plus élevé dans la landerneau politique et donc incontournable dans tout événement important à l’Ouest, n’était ni à Mbouo, ni à Hialà. Il était le représentant du Chef de l’Etat aux obsèques de Madame Elisabeth Tankeu, Commissaire de l’Union africaine en charge du Commerce et de l’industrie, décédée le 15 octobre, obsèques se déroulaient à Bangoua au même moment que les deux autres événements.
Jean Ping, Président de la Commission de l’Union Africaine avait fait le déplacement de Bangoua, tout comme de nombreux (actuels et anciens) membres du gouvernement. La foule était immense à Bangoua. Cela n’a pas empêché que certaines personnes se retrouvent en tous ces divers endroits, parfois au même moment, question de « faire acte de présence » et d’être vu par les autres. Explication d’un de ces adeptes du nomadisme évènementiel : « Il ne faut pas qu’on dise que je n’étais pas là, surtout qu’on filme tout le monde pour regarder après ». Les foules, c’est aussi bon pour les caméras, surtout lorsqu’on est « élite ».Et les foules de l’Ouest rassemblées au nom de Dieu, en hommage aux morts ou au nom de la tradition, finissent par se ressembler…

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